Deux abris de jardin de 5m² : ce que dit vraiment la réglementation

Vous avez un premier abri de jardin et vous pensez en ajouter un second. Logique : l’un stocke les outils, l’autre pourrait accueillir le bois de chauffage ou les vélos. Mais dès que l’on parle de deux structures de 5m² chacune, les règles d’urbanisme entrent en jeu d’une façon que beaucoup de propriétaires n’anticipent pas.

La réponse courte : oui, c’est souvent possible. La réponse complète : ça dépend de la surface cumulée, de votre PLU, et de quelques seuils qui changent tout. Voici comment y voir clair.

Ce que dit le Code de l’urbanisme sur les abris de jardin

Le seuil de 5m² : mythe ou réalité ?

Contrairement à ce qu’on lit parfois, il n’existe pas de règle nationale qui exempte automatiquement les abris de moins de 5m² de toute formalité. Ce qui existe, c’est un seuil de 5m² de surface de plancher en dessous duquel aucune déclaration n’est requise — mais uniquement sous certaines conditions de hauteur. Plus précisément, le Code de l’urbanisme (article R421-2) dispense de toute formalité les constructions nouvelles dont la surface de plancher et l’emprise au sol sont toutes deux inférieures ou égales à 5m², et dont la hauteur ne dépasse pas 12 mètres.

Un abri de jardin classique de 5m² rentre donc dans cette case — si on s’en tient à un seul.

Qu’est-ce qui change avec deux abris ?

C’est là que ça se complique. Deux abris de 5m² représentent 10m² cumulés sur votre parcelle. Or, l’administration considère l’ensemble des constructions existantes sur le terrain, pas chaque structure individuellement. Si votre maison fait moins de 150m² de surface de plancher et que vous ajoutez ces deux abris, le total de votre projet peut franchir le seuil des 20m² qui déclenche une déclaration préalable.

💡 Notre conseil

Avant de commander votre second abri, calculez la surface plancher totale de toutes vos annexes existantes (premier abri, abri de piscine, local technique, pergola fermée…). Si le cumul dépasse 20m², une déclaration préalable devient obligatoire.

⚠️ Les seuils qui déclenchent une formalité administrative

De 0 à 5m² : aucune formalité (sous conditions)

Un seul abri de moins de 5m² et de faible hauteur : pas de démarche à faire. Simple, propre, rapide.

De 5m² à 20m² : déclaration préalable de travaux

Dès que la surface cumulée de vos nouvelles constructions dépasse 5m² (mais reste sous 20m²), vous devez déposer une déclaration préalable en mairie. C’est une procédure légère — formulaire Cerfa 13703, délai d’instruction d’un mois — mais elle est obligatoire. Deux abris de 5m² totalisant 10m² entrent dans ce cas si votre parcelle est vierge de toute autre annexe.

Au-delà de 20m² : permis de construire

Si votre surface totale d’annexes franchit les 20m², c’est un permis de construire qu’il faut déposer. Délai d’instruction : 2 mois minimum. Coût administratif plus élevé, dossier plus fourni. À éviter si on peut planifier autrement.

10 m²

surface cumulée de deux abris de 5m² — seuil qui impose une déclaration préalable

Le PLU, l’arbitre final

Pourquoi le Plan Local d’Urbanisme prime sur tout

Le Code de l’urbanisme fixe un cadre national, mais votre commune peut être plus restrictive. Le PLU (ou la carte communale dans les petites communes) peut interdire les constructions annexes dans certaines zones, imposer des distances minimales par rapport aux limites séparatives, ou limiter le nombre de constructions par parcelle. Certaines communes touristiques ou classées ont des règles particulièrement strictes.

Vérifiez votre PLU avant tout achat. Téléchargeable sur le site de votre mairie ou sur Géoportail de l’Urbanisme.

Les règles fréquentes à surveiller dans les PLU

  • Distance minimale aux clôtures : souvent 1m à 3m selon les zones
  • Hauteur maximale des annexes : 2,50m ou 3m selon les PLU
  • Emprise au sol totale autorisée sur la parcelle (coefficient d’emprise)
  • Interdiction de constructions en limite séparative sans accord du voisin
  • Zones protégées (monuments historiques, ZPPAUP) avec règles spécifiques

⚠️ À garder en tête

Construire sans déclaration préalable alors qu’elle est requise expose à une amende pouvant atteindre 6 000€ par mètre carré en infraction, plus l’obligation de démolir à vos frais. La prescription pénale est de 6 ans, mais la prescription civile de 10 ans pour les tiers (voisins, associations).

Poser deux abris : la bonne stratégie pratique

Faut-il les déclarer ensemble ou séparément ?

Tenter de déclarer deux abris séparément, avec un décalage dans le temps, pour rester sous les seuils à chaque fois : c’est tentant, mais c’est risqué. L’administration peut requalifier l’ensemble en un seul projet si les deux constructions sont réalisées dans un délai court. On appelle ça le fractionnement abusif, et les agents des services d’urbanisme le connaissent bien.

La bonne approche : déclarez les deux abris ensemble dans une seule déclaration préalable. C’est plus transparent, plus simple à gérer, et ça coupe court à tout litige ultérieur.

Choisir le bon emplacement pour deux structures

L’emplacement conditionne tout — les formalités, les distances réglementaires, et l’aspect visuel. Quelques règles pratiques :

  • Regroupez les deux abris pour limiter l’emprise visuelle et respecter plus facilement les distances aux limites
  • Évitez de les placer dos à dos si vos voisins ont des fenêtres exposées — même légal, ça génère des conflits
  • Vérifiez les réseaux enterrés avant de poser les dalles (eau, électricité, assainissement)
  • Pensez à l’orientation : un abri mal orienté accumule l’humidité et détériore le bois plus vite

✅ À retenir

Deux abris de 5m² = 10m² cumulés. En zone non couverte par un PLU restrictif, une déclaration préalable suffit. C’est une démarche simple, gratuite, et qui vous protège juridiquement pour des années.

Quelles alternatives si la réglementation bloque ?

Votre PLU interdit un second abri ? Vous avez déjà beaucoup d’annexes et le seuil du permis de construire approche ? Quelques pistes :

  • Un seul abri plus grand : un abri de 9m² bien conçu remplace souvent deux structures de 5m² avec moins de formalités selon votre situation
  • Un abri démontable ou une tente de rangement : certaines structures non ancrées au sol échappent aux règles d’urbanisme — vérifiez quand même avec votre mairie
  • Un cabanon sur roulettes : les constructions mobiles non fixées peuvent être exclues du calcul de surface, selon l’interprétation locale
  • Optimiser l’intérieur : systèmes de rangement vertical, crochets muraux, étagères — un abri de 5m² bien organisé stocke bien plus qu’il n’y paraît

Pour d’autres idées d’aménagement extérieur, la rubrique Jardin propose des ressources utiles sur l’organisation des espaces verts. Et si vous envisagez de stocker du bois dans votre second abri, sachez que toutes les essences ne se valent pas — la question de savoir si Peut-on utiliser le bois de laurier comme bois de chauffage ? mérite par exemple d’être posée avant de remplir votre réserve.

📐 Surface cumulée des abris 📋 Formalité requise
Moins de 5m² Aucune (si hauteur < 12m)
5m² à 20m² (ex : 2 × 5m²) Déclaration préalable de travaux
Plus de 20m² Permis de construire

Les démarches concrètes pour se mettre en règle

1
Consulter le PLU
Rendez-vous sur le portail Géoportail de l’Urbanisme ou en mairie. Identifiez votre zone et lisez les règles applicables aux annexes et constructions légères.
2
Calculer vos surfaces existantes
Faites l’inventaire de toutes vos annexes actuelles (garage, carport, premier abri, local technique). Additionnez leurs surfaces plancher pour savoir où vous en êtes avant le second abri.
3
Déposer la déclaration préalable
Formulaire Cerfa 13703 disponible sur service-public.fr. Joignez un plan de masse, une photo du terrain et une description des matériaux. Dépôt en mairie ou en ligne selon votre commune.
4
Attendre le délai légal
Un mois d’instruction. Sans réponse de la mairie au terme de ce délai, la décision est réputée favorable (tacite). Gardez une preuve de dépôt et la date : vous en aurez besoin si quelqu’un conteste plus tard.

Deux abris de 5m² dans un jardin, c’est une configuration tout à fait réalisable dans la grande majorité des situations. La déclaration préalable qui s’impose dans ce cas prend moins d’une heure à constituer. Ce qui coûte vraiment cher, c’est de ne pas la faire — et de s’en apercevoir au moment de vendre sa maison, quand le notaire demande le certificat d’urbanisme.